DOULEURS ABDOMINALES

DOULEURS ABDOMINALES

Jean-François Bretagne..

INTRODUCTION :
La douleur abdominale est un motif fréquent de consultation en médecine générale et bien sûr en gastroentérologie.
 https://encrypted-tbn1.google.com/images?q=tbn:ANd9GcQOHdSJL04vNINrppTIcKX1dTmLXOqz2kAMNV4gvfNTci2lSRGlQAhttps://encrypted-tbn2.google.com/images?q=tbn:ANd9GcSFJrpZpa5bNLTEW9qeP-dJ8tOhrBDxlgYgTEdh0rY0DQf-Zxz20g


L’interrogatoire et l’examen clinique permettent d’orienter le diagnostic et de juger de la nécessité et du type d’examens complémentaires à demander. Comme pour d’autres symptômes digestifs, l’interrogatoire constitue une étape essentielle du diagnostic, ce qui implique de lui consacrer du temps et de l’attention.

Devant toute douleur abdominale, les objectifs sont de :
  • Ecarter, surtout s’il s’agit d’une douleur aiguë, une affection chirurgicale telle qu’une appendicite aiguë, une occlusion, une péritonite par exemple.
  • Etablir un diagnostic d’organe : estomac, pancréas, côlon par exemple
  • Savoir différencier, surtout devant une douleur chronique, une pathologie fonctionnelle d’une pathologie organique.
I. Caractéristiques de la douleur à faire préciser par l’interrogatoire
1. Siège et irradiations
La douleur abdominale est par définition, ressentie au niveau de l’un ou de plusieurs des 9 segments de l’abdomen. Le siège est un élément d’orientation diagnostique important, mais insuffisant en soi, car plusieurs viscères peuvent donner lieu à une douleur de même siège (Figure 1). Ainsi, dans le creux épigastrique, peuvent se projeter les douleurs d’origine gastrique, mais aussi oesophagienne, pancréatique, biliaire, ou encore colique. Inversement, un viscère peut donner des douleurs de siège variable. Ainsi, les douleurs d’origine colique peuvent être localisées dans le flanc droit, le flanc gauche ou être plus diffuses. Il est important de refaire préciser au moment de l’examen clinique, par le malade dévêtu, le siège exact de la douleur. On peut ainsi comprendre que l’on a parfois mal interprété les dires du patient au moment de l’interrogatoire, et cela constitue aussi une aide pour différencier une douleur très précise d’une douleur assez vague et diffuse.
L’irradiation, lorsqu’elle existe, représente une source d’informations importante (Figure 2). La colique hépatique, qui est une douleur d’origine biliaire consécutive à la mise en tension brutale de la vésicule ou du cholédoque par un obstacle, le plus souvent lithiasique, peut siéger dans l’épigastre ou dans l’hypochondre droit. Son irradiation vers l’hypochondre droit, contournant le thorax vers le dos et remontant vers l’omoplate et l’épaule droite ou la région inter-scapulaire est caractéristique. Une douleur épigastrique de même siège, mais transfixiante, sera quant à elle, évocatrice d’une origine pancréatique.
Pièges :
  • L’irradiation peut être au premier plan, soit parce qu’il s’agit du seul mode d’expression, soit parce que le malade est vu tardivement. Par exemple, la colique néphrétique douleur d’origine rénale, débute habituellement en fosse lombaire, puis descend vers le flanc, les organes génitaux et la cuisse. Si le patient est vu au moment où il souffre d’une douleur abdominale localisée dans le flanc droit ou dans la fosse iliaque droite, d’autres diagnostics tels qu’une appendicite aiguë pourront être évoqués.
  • Des douleurs d’origine extra-abdominale peuvent irradier vers l’abdomen (douleurs de l’infarctus du myocarde, douleurs costales par exemple) et inversement des douleurs d’origine abdominale ne peuvent s’exprimer que par leur irradiation extra-abdominale, thoracique antérieure ou postérieure par exemple pour une douleur d’origine biliaire ou pancréatique.
2. Type et intensité
Le type de la douleur peut constituer un élément d’orientation important, mais c’est rarement le cas.
La brûlure est une douleur caractéristique lorsqu’elle siège dans l’épigastre et elle évoque une origine gastrique ou oesophagienne. Un reflux gastro-oesophagien ne peut s’exprimer que par des brûlures localisées à l’épigastre, sans l’irradiation ascendante qui définit le pyrosis.
La crampe est une douleur également épigastrique, fixe, durable et profonde. Elle évoque une maladie gastrique ou duodénale.
La colique est une douleur variable dans le temps et l’espace, caractérisée par des paroxysmes suivis d’accalmies. Les coliques dues à un rétrécissement situé au niveau de l’intestin grêle portent le nom de syndrome de Koenig. Les douleurs surviennent en période post-prandiale ; elles se dirigent d’un point à un autre de l’abdomen, s’accompagnent parfois de distension abdominale localisée ou de reptations qui correspondent aux contractions de l’intestin visible sous la peau, ainsi que de nausées en rapport avec la subocclusion. Les douleurs cèdent en donnant des bruits hydro-aériques, avant de récidiver. Les coliques d’origine colique siègent en cadre, ou sur une partie seulement de ce trajet. Les coliques localisées dans le flanc gauche ou la fosse iliaque gauche, suivies de l’émission de selles hémorragiques ou glairo-sanglantes, portent le nom d’épreintes.
La crise solaire est une douleur d’origine pancréatique, reconnaissable par son début brutal en coup de tonnerre, son siège dans l’épigastre ou un peu plus bas, son irradiation transfixiante en coup de poignard, sa grande intensité au point de s’accompagner de malaise général, de pâleur et de sueurs, ainsi que par sa durée prolongée (plusieurs jours consécutifs).
La douleur abdominale peut faire place à de simples gènes appelés troubles dyspeptiques lorsqu’ils évoquent une origine gastrique : lourdeur épigastrique post-prandiale, impression de digestion lente, satiété précoce, nausées ou vomissements. Ils évoquent plutôt des troubles fonctionnels digestifs, mais parfois aussi une véritable maladie organique (cancers gastrique ou pancréatique).
L’intensité d’une douleur peut être évaluée par le patient, au moment où il la ressent, par des échelles de type EVA, qui serviront à guider la thérapeutique antalgique. Pour juger à l’interrogatoire de l’intensité de douleurs passées, on peut se fier aux dires du patient mais cela est toujours sujet à caution, car une douleur de même intensité sera vécue différemment par des patients différents. Il est plus intéressant de préciser en cas de douleur aiguë, si le patient a fait appel à un médecin, à eu recours à des antalgiques (quel type, quelle voie d’administration ?), quel était son comportement lors de la crise, agité (colique hépatique ou néphrétique par exemple) ou prostré (crise solaire par exemple). Pour des douleurs chroniques, il est important d’évaluer le retentissement sur l’activité (arrêts de travail ?), ainsi que sur le sommeil ; une douleur qui réveille le patient la nuit est a priori d’origine organique.
3. Évolution
Mode de début
Il est brutal ou progressif, plus facile à préciser pour une douleur récente qu’ancienne. L’ancienneté des symptômes est souvent sous-estimée par les patients, et il faut s’aider de dates repères pour bien évaluer ce paramètre.
Evolution nycthémérale et dans l’année
Rappelons que le caractère nocturne d’une douleur constitue un argument en faveur d’une maladie organique.
L’interrogatoire doit rechercher un rapport entre les douleurs abdominales et les repas, et notamment la notion de rythmicité post-prandiale. Certaines douleurs sont post-prandiales précoces, voire même per-prandiales, d’autres sont post-prandiales tardives (syndrome ulcéreux), d’autres ne sont pas rythmées par les repas. Dans le syndrome ulcéreux, la prise alimentaire calme les douleurs, mais elles réapparaissent quelques heures (1-3 heures) plus tard. Dans ce cadre, les douleurs ont des horaires relativement fixes.
L’évolution dans l’année peut être erratique ou périodique. Les douleurs périodiques sont rares et caractéristiques du syndrome ulcéreux : classiquement, les douleurs sont quotidiennes pendant la poussée ulcéreuse (quelques semaines en l’absence de traitement) et laissent place à des intervalles libres assez longs où le patient est totalement asymptomatique.
Facteurs influençant la douleur
Les facteurs calmants
      • aliments : cas du syndrome ulcéreux
      • médicaments :
o anti-acides (douleurs oeso-gastriques)
o anti-spasmodiques (colique hépatique, douleur d’origine intestinale)
o aspirine (douleur pancréatique),
      • vomissements : stase gastrique, occlusion haute
      • selles et gaz : douleur d’origine intestinale
      • position antalgique : antéflexion (douleur pancréatique)
      • loisirs : troubles fonctionnels digestifs
Les facteurs aggravants
· aliments : alcool, vinaigre, jus de fruits (reflux, gastrite)
· toux et inspiration profonde (colique hépatique)
· médicaments gastrotoxiques (aspirine, anti-inflammatoires non stéroïdiens)
· stress : troubles fonctionnels digestifs
4. Signes associés
Digestifs : les douleurs abdominales peuvent être isolées ou accompagnées d’autres signes digestifs qu’il faut rechercher par l’interrogatoire : pyrosis, dysphagie, vomissements, diarrhée, constipation, hémorragie digestive …
Extra-digestifs : de même, il faut rechercher des signes extra-digestifs dans les sphères urinaire, gynécologique, articulaires, dermatologiques ..., car les douleurs abdominales peuvent ne pas avoir une origine digestive (colique néphrétique) ou des maladies digestives peuvent être associées à des symptômes non digestifs (manifestations rhumatismales des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin).
Généraux : asthénie, anorexie, amaigrissement, fièvre, sueurs. L’amaigrissement est un signe d’alarme, évocateur d’une maladie organique.

II. Principaux types de douleurs abdominales

1. Douleur biliaire ou colique hépatique
SIEGE : Épigastre ou hypochondre droit
TYPE : Torsion ou crampe
IRRADIATION : Epaule droite, omoplate droite, région inter-scapulaire
INTENSITE : +++
DUREE : plusieurs heures
FACTEURS DECLENCHANTS : absence
FACTEURS CALMANTS : pas de position antalgique, antispasmodiques
FACTEURS AGGRAVANTS : inspiration (inhibition respiratoire), toux
HORAIRE : absence (diurne ou nocturne)
PERIODICITE : absence
SIGNES D'ACCOMPAGNEMENT : vomissements (fin de crise), agitation, ictère, fièvre et frissons évocateurs d’angiocholite (septicémie à point de départ biliaire). La triade douleur suivie de fièvre et d’ictère en 24-48 heures est évocatrice d’obstacle lithiasique du cholédoque.

EXAMEN CLINIQUE : signe de Murphy

CAUSES :

1. Lithiase biliaire (vésiculaire ou de la voie biliaire principale) +++
2. Cancers de la vésicule ou de la voie biliaire principale
3. Parasites (douve)
4. Hémobilie (caillots de sang dans la voie biliaire)
2. Douleur gastrique ou duodénale
SIEGE : Epigastre
TYPE : Crampe ou torsion
IRRADIATION : absence
INTENSITE : variable, parfois très intense
DUREE : de une demi-heure à plusieurs heures
HORAIRE : post-prandial ± tardif (possiblement nocturne)
FACTEURS CALMANTS : aliments, anti-acides ou pansements gastriques
PERIODICITE : nette dans le syndrome ulcéreux

EXAMEN CLINIQUE : douleur provoquée du creux épigastrique

CAUSES (syndrome ulcéreux) :
1. La maladie ulcéreuse gastrique ou duodénale
2. Le cancer gastrique
3. La dyspepsie fonctionnelle pseudo-ulcéreuse (absence de lésion gastro-duodénale)
3. Douleur colique
SIEGE : Epigastre ou en cadre, les fosses iliaques, ou hypogastre
TYPE : Colique
IRRADIATION : Descend le long du cadre colique
INTENSITE : variable
DUREE : qq minutes à qq heures
FACTEURS DECLENCHANTS : multiples
FACTEURS CALMANTS : émission de selles ou de gaz +++, antispasmodiques
HORAIRE : absence ou post-prandial
PERIODICITE : absence
SIGNES D'ACCOMPAGNEMENT : gargouillis abdominaux, ballonnement, troubles du transit (constipation ou diarrhée), émissions glaireuses ou sanglantes

EXAMEN CLINIQUE : douleur en cadre sur le trajet colique

CAUSES
1. Cancer du côlon
2. Colites inflammatoires (MICI ) ou infectieuses
3. TFI (troubles fonctionnels intestinaux) : syndrome de l’intestin irritable
4. Douleur pancréatique
SIEGE : Epigastre ou sus-ombilical, parfois hypochondre droit ou gauche
TYPE : Crampe
IRRADIATION : Dorsale, transfixiante
INTENSITE : +++
DEBUT : brutal (coup de poignard)
DUREE : plusieurs heures, voire plusieurs jours consécutifs
FACTEURS DECLENCHANTS : Repas gras, alcool,
FACTEURS CALMANTS : antéflexion (position penchée en avant), aspirine
HORAIRE : absence
PERIODICITE : absence
SIGNES D'ACCOMPAGNEMENT : Malaise, sueurs, vomissements, constipation (iléus), diarrhée (stéatorrhée), amaigrissement.

EXAMEN CLINIQUE : douleur provoquée épigastrique ou péri-ombilicale, voire des fosses lombaires .

CAUSES
1. Pancréatite aiguë (alcool, lithiase biliaire, médicaments, …)
2. Pancréatite chronique (alcool, héréditaire …)
3. Cancer du pancréas

III. Savoir différencier une douleur organique d’une douleur fonctionnelle

1. Présence de signes d’alarme en faveur d’une pathologie organique
· âge (> 50 ans)
· amaigrissement,
· caractère nocturne des douleurs,
· dysphagie,
· hémorragie digestive (ou anémie)
2. Certaines douleurs sont typiques d’une maladie organique
douleur biliaire ou pancréatique par exemple

3. Modification récente de symptômes anciens

Les patients atteints de troubles fonctionnels digestifs peuvent un jour développer une pathologie organique. La modification récente de symptômes bien connus constitue un signe d’alarme incitant à réaliser des explorations complémentaires.
4. Influence du stress et des facteurs psychologiques
SOURCE : www.etnoka.fr


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire