Bactérie : les enquêteurs suivent plusieurs pistes

Bactérie : les enquêteurs suivent plusieurs pistes


Seule certitude : le foyer de l'épidémie se trouve dans le nord de l'Allemagne. Mais cela ne signifie pas que la bactérie en est originaire. Crédits photo : BOBBY YIP/REUTERS

La bactérie aurait pu contaminer des malades à l'occasion d'une fête à Hambourg ou dans deux restaurants du nord de l'Allemagne, selon la presse locale. Les autorités n'ont rien confirmé.
La traque de la bactérie mortelle Eceh se poursuivait samedi alors qu'au moins 1700 personnes ont été infectées, sans que l'on sache encore où et comment. L'épidémie a pour l'instant fait 19 morts, dont 18 outre-Rhin.
Des journaux allemands évoquaient samedi plusieurs pistes mais aucune n'a encore été confirmée par les autorités sanitaires. Ces dernières, qui ne sont pas encore exprimées ce week end, ont toutefois annoncé une stabilisation de l'épidémie vendredi.
La seule certitude pour l'instant est que le foyer de l'épidémie se trouve dans le nord de l'Allemagne, où la plupart des décès ont été enregistrés. Mais cela ne signifie pas que la bactérie en est originaire.
Deux restaurants et une fête visés
Selon le quotidien régional Lübecker Nachrichten, les enquêteurs de la police fluviale étudient la piste d'un restaurant de Lübeck où 17 clients, parmi lesquels des touristes danois, se sont retrouvés contaminés après y avoir déjeuné entre le 12 et le 14 mai. Des analyses conduites dans les cuisines et dans la salle ayant donné des résultats négatifs, les autorités s'intéresseraient désormais aux grossistes fournisseurs de l'établissement.
Le Süddeutsche Zeitung évoque pour sa part la piste d'un restaurant de cette même ville où un séminaire syndical regroupant 34 femmes s'est déroulé mi-mai. Huit auraient développé la maladie et une serait morte.
Enfin, l'hebdomadaire Focus évoquait samedi la possibilité que la maladie se soit propagée lors d'une fête à Hambourg qui, du 6 au 8 mai, a rassemblé 1,5 million de personnes. Le premier cas aurait été enregistré une semaine plus tard au centre hospitalo-universitaire de la ville.
Quelques journaux allemands, comme le tabloïde Bild, évoquaient également un acte intentionnel mais l'hypothèse a été exclue par le ministère de l'Intérieur dans les mêmes quotidiens.
Des cas répertoriés dans 12 pays
La souche de la maladie a été identifiée mardi par l'Organisation mondiale de la santé comme une forme rare d'une bactérie Escherichia coli, «0104:H4». Cette souche était déjà connue, a affirmé l'organisation, mais ce serait la première fois qu'elle est décelée à l'occasion d'une épidémie.
Selon l'OMS, 12 pays ont déjà signalé des cas de contamination par cette bactérie qui provoque des hémorragies du système digestif et, dans les cas les plus graves, des troubles rénaux (syndrome hémolytique et urémique, SHU). En France, dix cas ont été recensés. Tous les malades avaient un lien avec l'Allemagne.
Le vecteur de la contamination reste néanmoins inconnu. Les légumes avaient été rapidement incriminés, mais rien n'est moins sûr désormais. Selon le laboratoire européen de référence pour l'Escherichia coli, situé à l'Institut supérieur de la santé de Rome, les analyses ne permettent pas de dire que ces aliments sont à l'origine de l'infection. «L'alarmisme envers la consommation des légumes est injustifié (...) car les analyses de laboratoire n'ont pas permis de soutenir l'hypothèse que des légumes contaminés étaient à l'origine de l'infection», a-t-il affirmé dans un communiqué vendredi.
Ce laboratoire a aussi déconseillé l'usage d'antibiotiques pour lutter contre la maladie, alors que pour l'instant les traitements se sont révélés inefficaces pour enrayer la maladie, qui touche plus particulièrement les femmes

La bactérie Eceh a déjà fait seize victimes et infecté plus de mille personnes. Les autorités allemandes ont disculpé mardi le concombre espagnol.


Depuis quelques jours, les autorités sanitaires européennes se livrent à une véritable enquête policière et à une course contre la montre pour remonter la piste d'une nouvelle épidémie. Principal suspect : une bactérie Escherichia coli, accusée de provoquer des diarrhées sanglantes et des complications rénales. Hier, l'Europe comptait 1000 malades, en Allemagne, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Suisse, en Autriche. En France, six cas suspects, dont trois concernent des Allemands, sont en cours d'investigation. Tous avaient séjourné en Allemagne. Quinze décès sont à déplorer en Allemagne, un en Suède.
Où en est l'enquête sanitaire ? Est-ce vraiment le concombre ?
Dans un premier temps, la bactérie mortelle a été imputée à des concombres espagnols importés en Allemagne. Mais les autorités allemandes ont admis mardi que les dernières analyses montraient que le légume incriminé ne portait pas la bactérie.
Seules les selles des malades contiennent de l'Escherichia coli entérohémorragique (ECEH). L'hypothèse d'une contamination végétale est cependant maintenue. Les tomates et les salades vertes sont suspectées. La question reste entière : les légumes ont-ils été contaminés en Espagne, en Allemagne, durant le transport ?
Lundi prochain, tous les ministres de la Santé européens se réuniront à Luxembourg pour faire le point. François Grossetête, député européen, rappelle «la nécessité d'étiqueter les produits pour connaître leur origine».
Qu'est-ce que le syndrome hémolytique et urémique (SHU) ?
Le SHU est une complication grave, parfois mortelle, des infections digestives à des bactéries Escherichia coli entérohémorragiques (ECEH), types de colibacilles qui produisent des shigatoxines. Après 3 à 7 jours d'incubation, ces infections se révèlent par une diarrhée, qui peut être sanglante. Neuf malades sur dix guérissent en une dizaine de jours. Un SHU survient dans 10 % des cas, lié à la diffusion de la toxine. Il se caractérise par une insuffisance rénale aiguë, une anémie et une thrombocytopénie (baisse des plaquettes). Cette complication est mortelle dans 3 à 5 % des cas, un malade sur deux garde des séquelles rénales. Une centaine de cas sont recensés chaque année en France, principalement chez des enfants de moins de 15 ans.
Comment se transmettent ces infections ?
Les bovins, qui sont porteurs sains, sont le principal réservoir naturel. La transmission à l'homme se fait le plus souvent par ingestion de viande bovine insuffisamment cuite (steaks hachés par exemple) ou de produits à base de lait cru. L'eau et d'autres aliments comme les légumes, contaminés par des matières fécales, peuvent aussi être une source d'infection. Une transmission interhumaine directe est possible. De nombreux sérotypes d'ECEH sont recensés, le plus fréquent est O157 : H7.
Quelles sont les précédentes épidémies ?
Les deux premières épidémies dues à ces colibacilles producteurs de shigatoxine ont été rapportées en 1982 aux États-Unis. Au total, une cinquante de personnes ont été infectées par des colibacilles O157 : H7 via des steaks hachés. En 1996, en Écosse, ce sont plus de 500 personnes qui ont été victimes de ce même sérotype, également en mangeant de la viande de bœuf. L'épidémie la plus importante a été enregistrée au Japon, en 1996. Plus de 9 400 cas, dont 12 mortels, avaient été recensés, contaminés par des germes de radis. En 2000, au Canada, 2 000 cas d'infections ont été identifiés parmi les 4 600 habitants de la ville de Walkerton. Dans cette zone d'élevage intensif de bovins, l'infection s'était transmise par l'eau de boisson.
Quelles sont les précautions à prendre ?
De façon générale, ces bactéries sont détruites par la chaleur, «deux minutes à 70 degrés ou une minute à 100 degrés », précise le Pr Patrick Berche, microbiologiste (hôpital Necker, Paris). Actuellement, il n'y a, selon lui, aucune raison de ne pas consommer de crudités. «Les seules précautions sont de se laver les mains avant et après la préparation des crudités, et de laver soigneusement les légumes et fruits, éventuellement à l'eau chaude », insiste-t-il.
Quelles sont les particularités de l'épidémie actuelle ?
La première est le sérotype en cause, O104. «C'est exceptionnel, je n'ai guère eu qu'un cas il y a plusieurs années, indique le Pr Édouard Bingen (hôpital Robert Debré, Paris), dont le laboratoire est associé au Centre national de référence E. coli-Shigella. Ce sérotype O104 a déjà été à l'origine d'une épidémie aux États-Unis, en 1994. «C'est curieux d'avoir une souche très virulente et d'emblée résistante à des antibiotiques puissants comme les céphalosporines de troisième génération », ajoute le Pr Berche. Par ailleurs, l'épidémie actuelle touche en majorité des femmes, alors que le syndrome hémolytique et urémique concerne habituellement des enfants. Une différence qui, selon le Pr Bingen, est peut-être liée à l'origine de l'infection : steak haché le plus souvent, crudités dans le cas présent
(Avec AFP)
SOURCE :www.le figaro.fr

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