L'épidémie de grippe.

L'épidémie de grippe s'installe en France

INFOGRAPHIE - Le recours au vaccin reste bas cette année selon les premiers chiffres, alors que 10 régions ont franchi le seuil épidémique.

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Le virus de la grippe

L'épidémie de grippe est arrivée en France avec son cortège de fièvre, de toux, de courbatures, de fatigue. Selon les chiffres du Grog (Groupes régionaux d'observation de la grippe) publiés mercredi, le seuil épidémique est franchi dans 10 régions, notamment en Provence-Alpes-Côte d'Azur, dans le Nord-Pas-de-Calais, en Ile-de-France…
Le réseau Oscour, qui coordonne la surveillance épidémiologique de la grippe dans un certain nombre d'hôpitaux en France, a également mis en évidence cette semaine une augmentation des passages dans les services d'urgence et des hospitalisations pour des pathologies grippales. Depuis le début de la surveillance, fin 2011, près de 33 cas graves ont été signalés, essentiellement chez des adultes présentant des facteurs de risque (obésité, diabète, maladie chronique…). Depuis le mois de janvier 2012, le nombre de formes graves, avec admission en réanimation, augmente régulièrement.

Le froid favorise la transmission du virus

«Ce sont des virus H3N2 que l'on détecte dans 95 % des cas, explique le professeur Bruno Lina (chef du Centre national de référence de la grippe, Lyon). Le virus présente quelques modifications par rapport à la souche H3N2 utilisée pour le vaccin. Mais on ne sait pas encore si ces modifications peuvent conduire à des échecs vaccinaux.» Pourquoi l'épidémie a-t-elle commencé si tard cette année? «La raison du retard est probablement liée au climat relativement clément jusqu'au début du mois de janvier 2012, précise le professeur Patrick Berche (hôpital Necker, Paris).

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Après trois semaines d'un froid rigoureux, le virus semble avoir repris des couleurs et une tendance épidémique a débuté. Le froid favorise la transmission du virus dans la population qui vit souvent confinée pendant ces périodes.» L'arrivée des vacances scolaires, en particulier en région parisienne, pourrait casser la courbe épidémique en réduisant le risque de transmission entre enfants au sein des classes et qui contaminent leurs parents de retour à la maison.

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Après la pandémie H1N1, moins virulente que ce que les pouvoirs publics avaient craint et qui avait donné lieu en 2009-2010 à une polémique sur la vaccination, la population française a tendance à moins recourir aux vaccins. Ainsi, en 2010, seulement 20% des Français s'étaient fait vacciner contre 26 % les années antérieures. Cette année, les premiers chiffres indiqueraient un taux de vaccination intermédiaire de l'ordre de 23%.

Méfiance accrue vis-à-vis du vaccin

«Les quelques données disponibles indiquent que les groupes à risque se sont un peu plus fait vacciner que le reste de la population, ajoute le professeur Bruno Lina. Mais pour l'instant, il n'existe pas de données par tranche d'âge. En revanche, plusieurs épidémies nous ont été signalées dans des Épad (établissements pour personnes âgées dépendantes). Il semble aussi que le personnel de ces établissements n'ait pas recouru largement au vaccin cette année.»
Selon l'Institut de veille sanitaire, il est important d'identifier au plus vite les premiers cas dans des collectivités de personnes âgées et de mettre en place sans délai les mesures de contrôle standard (hygiène des mains, port de masques…) pour arrêter le foyer d'infections respiratoires aiguës, qui sont la première cause de mortalité, dans ces lieux de vie collective.
La polémique sur la pandémie H1N1 en 2009 a visiblement durablement modifié les comportements de la population par rapport à la grippe, avec une méfiance accrue vis-à-vis du vaccin. Par ailleurs, le traitement par antiviraux, et notamment le Tamiflu, est plus prescrit en cas de grippe, notamment à l'hôpital, car il semblerait réduire la gravité de la maladie.

Grippe : comment détecte-t-on l'arrivée d'une épidémie ?

Les réponses du Dr Thierry Blanchon, médecin de santé publique, responsable adjoint du réseau Sentinelles Inserm et le Dr Marie-Lise Grisoni, biostatisticienne au réseau Sentinelles Inserm (unité mixte de recherche 707 Inserm-Université Pierre-et-Marie-Curie).
Le réseau Sentinelles (www.sentiweb.fr) est né de la constatation de l'échec, au début des années 1980, de la surveillance par «déclaration obligatoire» des maladies comme la rougeole. Bien que des flambées épidémiques de rougeole soient constatées, la déclaration obligatoire mise en place en 1945 donnait l'image d'une maladie rare avec seulement 1244 cas déclarés en France en 1980, alors que l'Enquête santé 1980 estimait l'incidence nationale à 484.000 cas par an.
L'origine de l'échec de la déclaration tient au fait que les professionnels de santé estimaient qu'avant tout leur mission était de prendre soin de leurs patients et qu'une demande de déclaration obligatoire pour une maladie fréquente et le plus souvent peu grave comme la rougeole représentait une charge trop élevée.

Une solution efficace

C'est sur ce point qu'un système sentinelle apporte une solution efficace. Le principe n'est pas d'être exhaustif en collectant les informations pour l'ensemble de la population, mais de surveiller dans un échantillon de cette population ce qui se passe pour un indicateur donné. À partir des données observées dans cet échantillon, il est possible de faire des estimations des indicateurs épidémiologiques pour la population entière: ainsi, par exemple l'incidence de la grippe, c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas de grippe au cours d'une période donnée dans une population donnée, est surveillée, tout comme sa variation au cours du temps.
En 2010, le réseau, développé en collaboration avec l'Institut de veille sanitaire, est constitué d'environ 1330 médecins généralistes volontaires, travaillant dans les 22 régions de France métropolitaine (2 % des médecins généralistes libéraux). Quatre cents d'entre eux surveillent de manière hebdomadaire dix indicateurs (sept maladies infectieuses, dont la grippe, et trois non infectieuses). Les médecins participant transmettent régulièrement le nombre de patients vus en consultation pour chacune des maladies surveillées.
Pour la grippe, la surveillance effectuée est celle des «syndromes grippaux», le diagnostic posé par le médecin s'appuyant sur une définition clinique, sans qu'un prélèvement soit fait de façon systématique pour confirmer la présence du virus. À partir de ces données, pour chaque maladie surveillée comme la grippe, il est possible d'estimer un nombre moyen de cas vus par les médecins généralistes français dans une zone géographique donnée durant une période de temps définie. Les estimations d'incidence sont effectuées par petites zones (la région ou le département par exemple), puis regroupées pour couvrir l'ensemble du territoire. Ces données sont publiées avec un intervalle de confiance à 95 % et présentées sous forme de cartes géographiques.

Méthode mathématique

Chaque semaine, grâce aux données transmises par les médecins Sentinelles, un seuil épidémique est calculé pour les «syndromes grippaux». Une épidémie est déclarée au niveau national si le seuil est dépassé deux semaines consécutives.
Le calcul de ce seuil s'appuie sur l'hypothèse qu'en dehors de toute épidémie de grippe, un nombre de nouveaux cas de syndromes grippaux est observé par les médecins Sentinelles. Ces cas sont dus à la circulation dans la population d'autres virus respiratoires que le virus grippal, plus fréquente en hiver qu'en été. La méthode mathématique employée permet de modéliser, en s'appuyant sur les données recueillies par les médecins Sentinelles depuis 1984, le niveau de cette circulation non grippale, intégrant sa saisonnalité.
L'incidence de base, c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas de syndromes grippaux vus par les médecins généralistes non dus au virus de la grippe, est assortie d'un intervalle de prédiction. Cet intervalle indique les valeurs minimale et maximale entre lesquelles cette incidence devrait se trouver avec une probabilité de 90 %. La borne supérieure de cet intervalle est le seuil épidémique. Lorsque l'incidence hebdomadaire des syndromes grippaux observée au réseau Sentinelles est au-dessus de ce seuil, il s'agit de façon quasi certaine d'une valeur d'incidence effectivement due à la circulation de virus épidémique.
Source: www.le figaro/sante.com  par : Martine Perez,  - le 16/02/2012

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